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Présidence du Conseil européen : une élection en coulisses, un poste à inventer.
Dans une semaine, le 19 novembre exactement, un sommet de l’Union Européenne se réunira à Bruxelles pour élire le premier Président permanent du Conseil européen. Une élection historique qui pourtant ne captive guère les médias. Explications.
Comme le souligne le Taurillon, l’excellent magazine ‘eurocitoyen’ publié par les Jeunes Européens-France (http://www.taurillon.org), le futur ‘Président de l’Europe’ n’aura a priori rien d’un nouveau Georges Washington.
En théorie élu par les 27 membres du Conseil européen, il sera en pratique désigné au terme de longues tractations. Pas de franches candidatures (hormis celle de Tony Blair et de Jean-Claude Juncker, Président du gouvernement du Luxembourg), pas de programme et encore moins de débat, bref, un compromis diplomatique plutôt qu’une véritable élection.
Par ailleurs, ses fonctions (on peine à dire : ses pouvoirs) sont modestes, voire ingrates. En dehors de la représentation de l’Union Européenne (qu’il devra partager avec un haut représentant des Affaires Etrangères), la fiche de poste consiste surtout à mettre de l’huile dans les rouages du conseil : préparation de ses travaux, animation et recherche de consensus, suivi de ses décisions ‘en coopération avec le Président de la Commission européenne’.
Les prétendants sont pour la plupart inconnus sur la scène internationale, à l’exception, encore une fois, de l’ancien Premier ministre britannique, dont la candidature fait bondir Sylvie Goulard, députée européenne et Présidente du Mouvement européen-France. Dans un article paru dans Le Monde du 4 novembre dernier, intitulé « La candidature Blair est révélatrice des dérives de l’Union », elle écrit : «Il est incroyable que le nom de Tony Blair ait circulé (…) Le chef de gouvernement qui a négocié une dérogation à la Charte des droits fondamentaux n’a pas vocation à être notre porte-parole ». « La question n’est pas théorique », souligne-t-elle. « Le Président du Conseil européen sera amené à rencontrer les gouvernants de pays candidats à l’entrée dans l’Union, à discuter avec les dirigeants de grande puissance qui ne s’embarrassent guère de droits de l’homme (…) ».
« L’attachement à la paix, aux procédures multilatérales et au respect du droit international n’est pas moins important », poursuit-elle. « Or, dans le monde entier, Tony Blair reste associé à une expédition militaire hasardeuse, justifiée au nom d’armes de destruction massives inexistantes. Au moment où Barack Obama est revenu sur ces errements, l’Union ne peut pas choisir, pour la représenter, l’acolyte de George W. Bush ».
Et si la désignation de Tony Blair à la tête du Conseil européen semble aujourd’hui de moins en moins probable, sa candidature, pour reprendre les termes de Sylvie Goulard, aura eu le mérite de « dessiner en creux le profil du poste : un homme ou une femme qui a montré, en actes, la vigueur de son engagement européen ; une personne attachée aux valeurs européennes, respectueuse du droit international, favorable à un juste équilibre entre la régulation et le marché ; une autorité morale capable de rassembler les Européens, de leur redonner confiance dans l’Union ».
Alors, qui ? Jean-Claude Junker, le doyen des dirigeants européens (en poste depuis 1995), souvent présenté comme le ‘sage’ de l’Europe, a sans aucun doute une haute idée de la fonction. «Il s’agit que l’Europe soit représentée par quelqu’un qui aurait comme principal souci de la servir, de la rassembler autour de compromis vertueux, et qui ne ferait pas semblant de la représenter à l’extérieur sans avoir assuré sa cohésion interne », déclarait-il le 28 octobre dans une interview au Monde. Sa conception de la gouvernance européenne serait toutefois jugée dépassée par certains pays, dont la France, qui soutient avec l’Allemagne la candidature d’Herman Van Rompuy, le discret premier ministre belge, apprécié pour ses qualités de diplomate. Parmi les autres candidats en lice, le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende et l’ex Présidente lettone Vaira Vike Freiberga, excellente négociatrice et atlantiste proclamée, portée par une campagne de soutien sur Internet.
Quoi qu’il résulte de ce sommet du 19 novembre, la personnalité du premier Président de l’Union Européenne sera à coup sur déterminante. Car s’il n’est pas, en théorie, appelé à devenir l’égal d’un Georges Washington, il lui faudra bien l’étoffe d’un Père Fondateur pour conférer à son poste une légitimité et un ascendant qui sont loin d’être acquis.
Article publié le 13/11/2009 Source de l'article : La Garenne de toutes nos forces
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